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Entretien avec Abdelmalek Boudiaf, ministre de la Santé

L’affaire de la maternité de Constantine a levé le voile sur la crise que vit le secteur de la santé. Pourquoi se pencher spécialement sur Constantine alors que la situation est pareille dans beaucoup d’autres hôpitaux ?

Je dois d’abord préciser que le cas du CHU de Constantine, de par l’ampleur des dysfonctionnements enregistrés, est un cas isolé qui ne reflète pas la réalité du secteur hospitalier du pays si tant est que le secteur de la santé puisse être mesuré à la seule aune de l’hôpital. Des structures hospitalières performantes, modernes et aux meilleurs standards existent partout à travers le pays.

À Constantine, la maternité de Sidi Mabrouk, tout comme celles d’El Bir ou d’El Khroub, sont des modèles de gestion performante, de prise en charge sérieuse et de disponibilité de plateaux techniques modernes et performants. C’est vous dire que le CHU de Constantine, et pas uniquement le service de gynécologie obstétrique, est un cas isolé et atypique de délaissement, de non-gestion et d’abandon à plusieurs niveaux de la hiérarchie sanitaire locale.

Au-delà du laisser-aller du personnel, quels sont les dysfonctionnements relevés ?

Nous avons entamé, depuis fin septembre 2013, un vaste programme d’audit et d’inspection de l’ensemble des structures de santé, des secteurs public et privé. L’analyse de cet audit a révélé que les dysfonctionnements enregistrés relèvent de deux principaux domaines : la gestion et l’organisation. Le traitement de ces dysfonctionnements ne peut se faire qu’en deux temps : un traitement conservatoire dans un premier temps et un traitement de fond  dans un second temps.

Le traitement conservatoire a comporté une série de mesures, notamment trois plans : gestion de la ressource humaine ; désendettement des établissements et disponibilité des spécialités de base dans tous les établissements. La mise en œuvre de ces mesures et son suivi font l’objet d’inspections périodiques et servent aussi à l’évaluation des équipes gestionnaires.

Le traitement de fond, quant à lui, porte sur la réorganisation globale du système national de santé. Il s’agit de mesures structurantes ayant vocation à moderniser la gestion des établissements de santé en leur donnant plus de souplesse ; mettre en place une nouvelle organisation réhabilitant la pyramide des soins et la notion de territoire de planification des réseaux de prise en charge par la création des circonscriptions sanitaires et d’une manière générale à mettre en place les instruments permettant au secteur de basculer dans la modernité et la performance tout en consolidant le principe de la gratuité de l’accès aux soins. L’essentiel se trouve dans l’avant-projet de nouvelle loi sanitaire qui a été déjà examiné par le gouvernement et qui sera soumis au Parlement à la rentrée.

Quelles sont les prochaines actions que vous comptez entreprendre ?

Nous poursuivrons le travail déjà entamé. En attendant la promulgation de la nouvelle loi sanitaire et la mise en place notamment des nouveaux instruments de gestion et d’évaluation des activités des établissements et des services, nous maintenons l’accompagnement de l’ensemble des établissements publics et privés pour qu’ils soient tous aux meilleurs standards. En parallèle, nous poursuivrons les grands chantiers de développement des soins spécialisés comme le cancer, les urgences cardiovasculaires, la greffe, la généralisation de la gestion informatisée et l’achèvement des nouvelles infrastructures hospitalières et de soins de santé de base.

Vingt cliniques privées ont été fermées. Envisagez-vous d’autres fermetures ?

Les actions menées ne sont pas temporaires. C’est dommage d’arriver à fermer des établissements, mais on n’a pas le droit de jouer avec la santé des Algériens. Les fermetures toucheront le privé comme le public.

Vous avez critiqué les  médecins « fainéants » …

Je n’ai pas parlé de médecins fainéants, j’ai parlé d’une minorité de personnels indignes qui donnent une mauvaise image du secteur en général. Ce qui occulte le grand et méritoire travail effectué au quotidien par la grande majorité des personnels de santé. Mais l’accompagnement pédagogique que nous assurons aux  structures de santé commence à porter ses fruits et le changement est visible. Nous maintiendrons le cap en attendant que les nouvelles règles soient mises en place. Je pense plus particulièrement à l’agence d’évaluation prévue au titre de la nouvelle loi et à la mise en place de mécanismes de financement des structures et des services basés sur l’évaluation des activités. Une fois les nouveaux instruments mis en place, les plus performants seront visibles et les moins performants aussi.


Dans la quasi-totalité des hôpitaux algérois les chefs de service ont entamé des travaux de rénovation et d’amélioration de leur structure. Les travaux engagés simultanément par plusieurs services ont provoqué des pénuries de lits. Est-ce que cela ne risque pas de déstabiliser le secteur public qui est déjà en crise ?

L’audit mené a montré que les établissements de la wilaya d’Alger sont dans leur écrasante majorité dans un état infrastructurel nécessitant un véritable plan de requalification. Les études ont été menées mais les travaux n’ont pas encore commencé. En attendant, les établissements continuent à mener d’indispensables opérations de réhabilitations répétitives du fait de la grande vétusté du parc. En général, ces opérations se font dans un cadre organisé et avec transfert de l’activité pour assurer la continuité des soins au niveau d’autres structures. Parfois, mais c’est exceptionnel,  le travail est entamé sans prendre toutes les précautions pour assurer la continuité  de l’activité et la fin rapide des travaux comme c’est le cas d’un service de neurochirurgie d’un grand CHU de la capitale. D’une manière générale, il n’y a pas de pénurie liée à ces travaux et ces opérations ont pour objectif de renforcer le secteur public pas de le déstabiliser.

À quand un hôpital digne de ce nom ?

Je vous invite à visiter l’EHU d’Oran, l’EH de Ain Témouchent ou bien l’EHS d’ORL de Tiaret et bien d’autres établissements. Concernant Constantine, l’EH de Didouche Mourad ouvrira bientôt ses portes et offrira non seulement un cadre moderne aux personnels et aux patients mais permettra aussi d’avoir une plus grande marge de manœuvre pour une requalification radicale du CHU Ibn Badis. Quant à Alger, nous avons beaucoup de projets. La capitale aura rapidement des établissements à la mesure de son statut.

Un projet de CHU modernes a été lancé il y a près de deux ans. Où en sont les travaux ?

Des discussions ont été entamées avec les entreprises présélectionnées mais les négociations financière ont pris beaucoup de retard car nous estimons que les offres formulées sont largement au-dessus de ce qui est pratiqué à l’international.

Le projet connaîtra donc du retard ?

Il se peut que le projet soit carrément retardé.

Le secteur privé connaît aussi des dysfonctionnements. Des médecins refusent de travailler sur rendez-vous et accueillent des centaines de malades par jour. Allez-vous vous pencher sur la question ?

Je pense avoir déjà répondu à cette question car au ministère de la Santé, le secteur privé est partie intégrante du système national de santé. Le même audit mené dans le public a concerné le secteur privé et nous sommes en train de publier progressivement les résultats, wilaya par wilaya. La future nouvelle loi sanitaire comporte de nombreuses dispositions qui vont introduire plus de lisibilité dans le fonctionnement du secteur privé et lui permettre d’être un complément naturel du secteur public dans une logique de strict respect de la notion de concession de service public.

Vous avez annoncé une baisse de 40% de la facture des médicaments. Est-ce que cela veut dire que l’on consomme moins ou qu’il y avait du gaspillage auparavant ?

Pas du tout. Notre consommation va en augmentant car la population vieillit, les pathologies chroniques augmentent en conséquence et les réseaux de soins spécialisés se développent sur la base d’une plus grande proximité. La baisse enregistrée concernant la facture à l’importation est la résultante de deux actions principales : la négociation à la baisse des prix des médicaments importés sur la base de ce qui est pratiqué à l’international et en tenant compte de la taille de notre marché, d’une part. Et, d’autre part, la promotion de la production nationale qui se substitue de plus en plus à l’importation et dont la place va aller en augmentant sachant que nous avons actuellement en fonctionnement 75 unités de production de médicaments et en cours de réalisation 169